
"Le rêve est le phénomène que nous n’observons que pendant son absence.
Le verbe rêver n’a presque pas de présent.
Je rêve, tu rêves."
Paul Valéry



Je ne suis pas certain de me souvenir ;
Mon âme flotte sur un champ de maïs,
À travers ses feuilles se faufile,
Et puis je vois un ciel bleu !

À nouveau cette prairie vert pâle,
Et les herbes comme balanciers ;
Combien de temps à songer ?



Je me revois marcher dans la colline,
Puis m’en aller dans la forêt.
Un parfum de terre humide, verte,
Quelques feuilles décolorées, jaune ;
Suis-je déjà éveillé ou encore en été ?





A des âmes envolées
Ces âmes que tu rappelles,
Mon cœur, ne reviennent pas.
Pourquoi donc s’obstinent-elles,
Hélas ! à rester là-bas ?
Dans les sphères éclatantes,
Dans l’azur et les rayons,
Sont-elles donc plus contentes
Qu’avec nous qui les aimions ?
Nous avions sous les tonnelles
Une maison près Saint-Leu.
Comme les fleurs étaient belles !
Comme le ciel était bleu !
Parmi les feuilles tombées,
Nous courions au bois vermeil ;
Nous cherchions des scarabées
Sur les vieux murs au soleil ;
On riait de ce bon rire
Qu’Eden jadis entendit,
Ayant toujours à se dire
Ce qu’on s’était déjà dit ;
Je contais la Mère l’Oie ;
On était heureux, Dieu sait !
Pour un oiseau qui passait.
Victor Hugo

Je me laisse aller à ce rêve,
Bien que je soupçonne l'incertitude ;
Je suis enfin rentré chez moi...
La maison où mon âme s'est posée !






Je ne suis pas certain de me souvenir ;
Mon âme flotte près d'un tronc ensanglanté,
À travers son écorce se faufile,
Et puis je vois un lit de fleurs colorées !


L'été est bien fini.
A présent, je continue de rêver ;
Il est temps de me lever et de partir...
"Quand on aime la vie, on aime le passé,
parce que c’est le présent
tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine."
Marguerite Yourcenar



